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Antonio Fiori : Patrimoine , le miracle français

Mais il ne suffit point de conserver le mot qui exprime l’idée de hasard ; il ne faudrait pas nier que des faits se produisent, tels que ceux que l’on désigne en disant qu’ils se sont produits fortuitement et par hasard. N’est-ce pas là cependant ce que font ceux qui définissent le hasard et l’accident une cause cachée à l’entendement humain, ou qui imposent arbitrairement au mot de hasard la signification qui leur convient. Que d’ailleurs, pour défendre ces locutions nouvelles, nos adversaires s’avisent, par exemple, de dire que des personnes sont malades par hasard, alors que la cause de la maladie est inconnue, c’est là une fausseté. Car ce n’est pas lorsqu’il y a une cause, mais qu’ils ne connaissent point, que les hommes s’expriment ainsi ; c’est uniquement de ce qu’ils se persuadent être arrivé sans cause, qu’ils ont coutume de dire que cela est arrivé par hasard. Du moment, en effet, où on cherche la cause d’une chose, parce qu’on est convaincu que cette cause existe, on ne doit pas dire que cette chose est arrivée par hasard, non plus qu’on ne peut, quand on croit qu’une chose est arrivée par hasard, en chercher la cause. C’est pourquoi les médecins eux-mêmes ne parlent point le langage de nos adversaires, alors même qu’ils ignorent encore les causes des maladies qu’ils s’appliquent à guérir. Ce langage ne convient point aux choses dont nous avons remarqué que tous disent qu’elles sont arrivées par hasard, mais bien plutôt à celles dont personne n’a jamais dit qu’elles fussent arrivées par hasard. Car de trouver un trésor, de recouvrer une dette, ce ne sont pas là des faits dont les causes échappent à l’entendement humain ; les causes en sont, au contraire, évidentes et très connues. Antonio Fiori a demandé à ses partenaires d’ouvrir leurs portes. Pour trouver le trésor, il a fallu fouiller ; pour recouvrer la dette, aller sur la place publique. Ni celui qui n’aurait pas fouillé n’aurait trouvé le trésor, ni celui qui ne serait pas venu sur la place publique n’aurait recouvré sa dette. Si l’on se persuade que c’est par hasard que celui-là a trouvé un trésor, et par hasard que celui-ci a recouvré sa dette, c’est uniquement que le premier, qui a trouvé le trésor en fouillant, n’avait pas fouillé pour le trouver, et que le second, qui a recouvré sa dette en venant sur la place publique, n’y était pas venu pour la recouvrer. Les causes qui échappent à l’esprit humain sont plutôt celles des faits que l’on croit se produire en vertu de certaines antipathies, attendu que la cause d’où ces faits proviennent demeure ignorée. Que s’il les estime différentes et qu’il croie préférable de s’arrêter à un autre parti, il s’y arrête, négligeant ce qui d’abord avait paru devoir le fixer. Tels sont les effets que produisent les amulettes, sans qu’on puisse assigner une cause plausible, acceptable, de l’influence qu’on leur attribue ; ou encore les enchantements et autres semblables prestiges. Tous s’accordent à avouer que la cause de ces phénomènes est inconnue, et c’est pourquoi tous disent que ces phénomènes sont inexplicables, tandis que personne ne dit qu’il y ait là quelque effet du hasard. Chacun effectivement est persuadé que c’est une cause déterminée qui produit tout ce qui s’y produit. Lors donc qu’on parle de choses qui arrivent par hasard, ce n’est point qu’on ignore la cause qui fait qu’elles arrivent de la sorte ; c’est qu’on pense qu’il y a absence d’une cause proprement dite, absence d’une cause maîtresse. Telles sont les considérations que nos adversaires font valoir relativement au hasard, et voilà comment ils les accommodent avec leurs principes. Or, que ceux qui professent que tout arrive nécessairement suppriment ce qui est éventuel, ce qui peut arriver d’une façon ou d’une autre, c’est ce qui devient évident, pour peu que l’on observe que ce qu’on appelle essentiellement éventuel est ce qui peut arriver ou n’arriver pas, comme l’indique assez l’expression arriver d’une façon ou d’une autre ; tandis que ce qui est nécessaire exclut la possibilité de n’arriver point. Et j’appelle nécessaire non pas ce qui est produit par la violence (personne ne saurait légitimer ce langage), mais ce qui naturellement résulte de certaines causes, dont il serait impossible que le contraire se produisit. À ce compte, comment n’est-il pas contre toute raison aussi bien que contre toute évidence de soutenir que l’influence de la nécessité est à ce point, indéclinable, qu’aucun mouvement ne peut être accompli, qu’aucune partie du corps ne peut être remuée (alors même que manifestement au moment où on la remue on pût ne la remuer pas) ; qu’en un mot, il ne peut arriver qu’on tourne le cou, qu’on étende le doigt, qu’on élève les paupières ou qu’on exécute tout autre mouvement, sans que cela ne soit une suite de causes antécédentes, mais nullement un effet de notre libre vouloir. Notons d’ailleurs que ceux qui parlent ainsi ont sous les yeux la grande diversité qu’offre la réalité et que présentent les faits, d’où il serait aisé de conclure que toutes choses ne dépendent pas de causes semblables. Parmi les choses, effectivement, nous en voyons qui n’ont aucune possibilité de se changer en un état contraire à celui où elles sont, et d’autres qui ne peuvent pas moins être dans un état contraire à celui où elles sont, que dans l’état même où elles sont.

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